L’optimisme pictural

Edwige Leprin se définit comme « peintre abstraitiste » et surtout pas comme artiste. Sa touche expressive donne la primauté à la couleur.

Pour une exploration exigeante de son espace pictural sa toile est préalablement remplie d’un aplat coloré.  « Si la surface est blanche il ne se passe rien pour moi, j’ai besoin de couleur pour que mon imaginaire travaille.» Etirés ensuite au couteau par fines couches d’acrylique, des monochromes aux contours rectangulaires complexes, plus ou moins précis apparaissent. Ces  bandes multi couleurs s’affirment sous des lignes inédites à la palette riche et vive. « C’est l’harmonie, l’association des couleurs et de leurs transparences qui m’intéressent » affirme t-elle.

 

La lumière au service de l’expression abstraite

Véritables concentrés d’arcs-en-ciel modulés, les mikados rayonnants d’Edwige Leprin ont une  force lumineuse atypique. La lumière est renforcée par une couche finale de vernis italien où les détails de surface sont rares. « J’aime ce côté propre et fini de la planéité » poursuit-elle. Cette planéité vivante et vibrante témoigne de sa technique gestuelle, réalisée dans l’instant. Un processus de simplification enchanté du geste pour une magnifique densité. Une pratique fertile, un travail en série mécanique et parfaitement maîtrisé du champ coloré.

 

La peinture d’ Edwige Leprin offre une approche picturale directe, physique et émotionnelle. Une abstraction lyrique structurée en grille, figurée par ses mikados qui pourraient être des livres déposés sur une étagère, comme les souvenirs d’albums de sensations qu’elle aurait voulu figer. Ou encore les marches d’un escalier conduisant vers le destin énigmatique de la vie. Et puis, le mystère fait place à une autre vision plus sombre, et l’on aperçoit les barreaux d’une cellule, peut-être celle d’un « moi » intérieur prisonnier… « Je me suis approchée de l’abstrait après avoir fait du figuratif pendant de longues années. Je ne prenais plus de plaisir. Et puis j’ai découvert Nicolas de Staël. Son travail et son parcours d’homme m’ont captivé.»  La signature d’Edwige Leprin est une volonté d’expression pure et libre pour nous permettre de saisir des fragments de la réalité… Sans jamais y parvenir.

 

La spiritualité des autres

Les mikados sont un éventail d’expressions conformes à ses aspirations du moment, une fenêtre sur son âme qui tend vers le magique et l’extase. Edwige Leprin atteint une dimension spirituelle particulièrement sensible, une façon méditative de peindre proche du colorfield Painting, exprimée Mark Rothko, Barnett Newman ou encore Clyfford Still.

 

Au delà de l’introspection c’est la réaction qu’elle attend.

« J’ai besoin de savoir ce que ressent le spectateur. Parfois la magie d’une rencontre et l’intérêt que peut susciter mon travail me donne la force de continuer. Si j’arrive, par le biais de la peinture, à donner du plaisir alors ça vaut le coup que je poursuive !» Pas de lassitude mais une énergie expansive, sans cesse renouvelée s’exprime dans sa touche expressive et passionnée. Nous sommes absorbés dans un rapport d’intimité, comme un échange sentimental à la fois personnel et universel.

 

Caroline Canault, journaliste et critique d’art.

1Commentaire
  • Un commentateur WordPress
    Posté à 20:25h, 27 mars

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